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Combien coûte un député à la République?

La question de savoir combien coûte un député au Trésor public et les tentatives de réponse qu’elle suscite ne cessent d’enflammer les réseaux sociaux depuis la prise de fonction de la 50e législature. Aujourd’hui encore, la question reste sans réponse satisfaisante et les nombreuses réponses avancées sont de plus en plus floues puisqu’elles n’émanent jusqu’ici, d’aucune source officielle. Face à ce manquement en matière d’information, Le Nouvelliste a enquêté auprès de certaines sources parlementaires afin de mieux mettre en lumière les fameux avantages dont bénéficient nos élus et du coup enrichir le débat qui se fait actuellement sur la nécessité d’octroyer ou non des privilèges énormes aux autorités qui, tous, disent vouloir sauver la mère patrie.

Publié le 2018-07-25 | Le Nouvelliste


Dès sa prestation de serment au Bicentenaire le 2e lundi du mois de janvier, le député haïtien a droit à une somme de 700 000 gourdes comme « frais de première installation ».

Pour l’aider à réduire la distance séparant sa circonscription et Port-au-Prince, le siège du Parlement, le Trésor public offre à chaque député la somme d’un million de gourdes annuellement pour pouvoir se doter d’une « deuxième résidence ». Les déplacements des élus du peuple sur le territoire sont aussi pris en charge : 29 000 dollars américains leur sont alloués comme subvention pour l’achat d’un véhicule.

Octroyer un véhicule à quelqu’un c’est bien, mais est-ce que la République pense à offrir aux élus du peuple de quoi faire rouler ces hauts cylindrés qui vrombissent parfois à longueur de journée ? Oui : 15 000 gourdes mensuellement en coupon de carburant, 50 000 gourdes annuellement pour réparer le véhicule et 75 000 gourdes toujours chaque année pour changer pneus et batterie. À cela, on peut ajouter les 10 000 gourdes reçues en carte de recharge chaque mois.

Le Parlement s’engage aussi à redorer l'image des honorables députés au sein même de leur circonscription. Ainsi, dans ses largesses, la République octroie 100 000 gourdes annuellement à chacun des 119 députés pour le loyer d’un local devant servir de bureau à l’élu du peuple et, pour faire marcher ce bureau, 200 000 gourdes sont égrenées de la caisse de l’État pour payer les employés de ce bureau.

Toujours dans le but de mettre le parlementaire au-devant de la scène dans sa circonscription, le député empoche 70 000 gourdes chaque mois pour les fêtes patronales.

Pour sa protection, le député a droit à un chauffeur et deux agents de sécurité. Chacun perçoit un salaire de 25 000 gourdes par mois. Il a aussi droit à quatre consultants, en raison d’un salaire mensuel de 48 700 gourdes chacun. Malgré des interventions abracadabrantes et des rapports de travail en commission mal fagotés qui pullulent au bord de mer, on doit admettre que chaque député a deux conseillers percevant chacun 21 000 gourdes par mois.

Personnellement, le salaire net d’un député s’élève à 61 521 gourdes mensuellement. À côté de ce salaire, l’élu du peuple peut s’appuyer sur des « frais fixes » de 29 400 gourdes par mois. Ces « frais fixes » sont augmentés de 5 000 gourdes si on est président d’une commission.

Outre ces privilèges, le député a rendez-vous avec deux grands moments au cours d’une année : la rentrée des classes et la fête de Pâques. À chacune de ces périodes, l’État décaisse 500 000 gourdes pour chacun d’eux

« afin qu’ils puissent répondre à certaines demandes dans leur circonscription » dit-on.

En cas d’un voyage dans le cadre des travaux parlementaires, le député a droit à un per diem de 400 dollars américains quotidiennement.


Ce que coûte un sénateur de la République au Trésor public

Publié le 2018-07-25 | Le Nouvelliste


 

C’est un euphémisme de dire que la République dont l'économie est pourtant exsangue, est aux petits soins pour les sénateurs. Et quand il faut en parler, les sénateurs, souvent avares de micros, ne se pressent pas au portillon tant la question est sensible au bord de mer. « En parler peut vous exposer à beaucoup de choses, entre autres pressions et avertissements », affirme au Nouvelliste, sous le couvert de l’anonymat, un sénateur, qui croit, lui, qu’il faut rendre compte de l’utilisation de l’argent public.

Le sénateur, dans la foulée de sa prestation de serment, reçoit une bagatelle de 40 000 dollars pour s’acheter une voiture de fonction, confirme ledit parlementaire. Toujours selon notre source, 250 000 gourdes sont octroyées chaque mois à chaque sénateur pour des fêtes patronales. Les 29 sénateurs de la République reçoivent chacun 250 000 gourdes pour une résidence secondaire, 70 000 gourdes comme frais de carburant et 250 000 le mois pour l’entretien des bureaux départementaux.

Le sénateur, qui nous a parlé à cœur ouvert, évoque la « vie sociale même de parlementaire », assailli régulièrement de sollicitations, comme pour justifier de tels privilèges. « Dans sa déclaration d’impôt sur le revenu, on est obligé de payer pour tous ces frais reçus. Si tu paies pour de l'argent reçu, cela veut dire que tu t’en es servi. Pourtant avec les 250 000 gourdes pour fête patronale chaque mois, tu participes à la ‘’vie sociale’’ », croit savoir le parlementaire.

« C’est normal lorsqu’une personne œuvre au plus haut sommet de l’État qu’elle ait des privilèges. Mais on est un pays pauvre. Il ne faut pas que nos privilèges soient à la dimension des chefs des pays riches », plaide le parlementaire, soulignant qu’il y a des privilèges normaux et d’autres – ‘’exagérés’’ [sic] – qui facilitent inévitablement la corruption ». Il faut dire que chaque sénateur dispose de six consultants rémunérés chacun à hauteur de 60 000 gourdes, de deux agents de sécurité à 20 000 gourdes chacun et de deux chauffeurs à 20 000 gourdes chacun.

Les moindres détails dans la vie parlementaire sont pris en charge par le Trésor public pour offrir aux sénateurs un train de vie digne des rock tars. 5 000 gourdes de cartes de recharge téléphonique, en plus des milliers de gourdes de minutes pour un service roaming, détaille le parlementaire, rappelant que le perdiem pour les voyages à l’étranger est « modulé selon que tu te rends en Europe ou en Amérique du Nord ». Mais un autre sénateur souligne que le per diem varie entre 600 et 800 dollars américains. Pour la moindre panne d'un véhicule d'un élu, il n’y a pas de souci. Un garage affilié au Sénat s’en charge.

Les sénateurs reçoivent chacun un million de gourdes pour les fêtes de Pâques, un million pour des activités socioculturelles, un million pour la rentrée des classes et un million pour les fêtes de fin d’année. Soit quatre millions de gourdes l’an, sans taxes, accordées à chaque élu. « J’en distribue toujours à des associations, des églises entre autres », confie un autre sénateur, requérant lui aussi l’anonymat pour se prémunir de la colère de ses pairs. « L’argent n’est pas le problème. Mais c’est plutôt le fait que le bureau n’exige en retour aucun rapport de son utilisation », renchérit notre source.

Pourquoi le Sénat n’en exige point ? « Parce que, je le dis sans ambages, c’est une pratique qui date depuis très longtemps et participe de la corruption qui s’installe dans le système », explique le parlementaire. Comprendre qui pourra.


Les privilèges et les avantages d’un ministre en Haïti

Publié le 2018-07-26 | Le Nouvelliste


Tous les ministres n’ont pas le même poids au gouvernement, donc ne jouissent pas des mêmes privilèges. Il y en a qui ne gèrent que pratiquement un budget pour le fonctionnement de leur ministère. D’autres, par contre, gèrent d’importants fonds d’investissement. Cependant, ils bénéficient tous du même salaire. Il y a, dans certains cas, des avantages et des privilèges qui sont à la discrétion du ministre. Un ancien influent ministre de l’administration Martelly-Lamothe explique au Nouvelliste, sous le couvert de l’anonymat, le train de vie d’un ministre…

Pas facile de trouver un ministre en fonction qui souhaite parler de ses avantages et de ses privilèges. Même pas sous le couvert de l’anonymat. D’abord, puisqu’on n’est pas certain qu’un ministre va rester en poste pendant une année, tous les frais sont mensuels comme le salaire d’un ministre qui est de 121 000 gourdes brut.

Contrairement aux déclarations du sénateur Joseph Lambert disant que les ministres reçoivent 5 000 dollars américains comme frais de logement, l’ancien ministre qui s’est confié au Nouvelliste a souligné qu’à ce niveau, tous les ministres reçoivent actuellement en gourdes l’équivalent de 4 000 dollars tous les mois pour une seconde résidence, mais avant l’arrivée de Jovenel Moïse il était question de 2.500 dollars.

Il y a d'autres frais connus sous le nom de support financier octroyés après le tremblement de terre de janvier 2010. Notre source a souligné que seuls le ministre de l’Economie et des Finances, le ministre de la Planification et la Primature reçoivent ces frais. Ces frais peuvent varier jusqu’à 400 000 gourdes le mois pour le ministère de la Planification, encore plus pour la Primature.

Pour les voyages à l’étranger, le ministre reçoit un per diem entre 600 et 700 dollars par jour. Certains ministres reçoivent des frais de fonction chaque mois d’environ 44 000 gourdes.

Tous les ministres n’ont pas les mêmes traitements. Toutefois, ils reçoivent tous les mois le salaire brut de 121 000 gourdes, le tiers de leur salaire comme frais, soit environ 40 000 gourdes ; il y a aussi la prime de responsabilité qui est de l’ordre de 35 000 gourdes, des frais de 4 000 dollars pour la location d’une résidence et 20 000 gourdes de cartes téléphoniques, a énuméré au Nouvelliste un autre ministre de l’administration Martelly-Paul.

Certains ministres ont droit à une carte de crédit, une carte de débit et d’autres primes. « Moi, je n’ai pas eu droit à ces autres privilèges, sinon des fiches de carburant de l’ordre de 100 000 gourdes. Par contre, d’autres ministres en ont des fiches pour 50 000 gourdes », a affirmé notre contact. Certains ministres ont droit à deux véhicules, deux chauffeurs entre trois a quatre policiers, d’autres ne disposent que d’un seul véhicule. Cela va dépendre de l’importance du ministère.

Est-ce qu’un ministre peut s’octroyer des privilèges ? À cette question, l’ancien ministre de l’administration Martelly-Lamothe, qui connaît parfaitement bien l’administration publique, répond par l’affirmative. « Par exemple pour cette question de support financier, il est à la discrétion du ministre », a souligné notre source, précisant que jusqu’en 2015 ces frais ne concernaient que les ministres des Finances, de la Planification et la Primature. « Les autres ministères n’étaient même pas au courant de ces frais… »

Toutefois, notre source a fait remarquer que les dépenses des ministères sont contrôlées par les comptables publics. « Ils doivent s’assurer que les dépenses soient justifiées et que toutes les pièces soient là. Il y a un premier contrôle qui se fait par le contrôleur financier à la direction générale du budget pour vérifier si les pièces sont conformes et si le crédit est disponible », a expliqué notre source.

Selon cet ancien ministre, la perception qui voudrait que tous les ministres aient un train de vie élevé n’est pas correcte. Certains ministères n'ont qu'un budget de salaire pour payer les employés, a-t-il dit. Cependant, notre contact a reconnu qu’il y a des ministres qui mènent la belle vie.

« Les ministres qui peuvent s’enrichir sont ceux dont les ministères gèrent de gros portefeuilles d’investissement et qui font des commissions à travers des contrats qu’ils signent avec des compagnies », a révélé l’ancien ministre sans citer de ministère, soulignant que tout le monde connaît les ministères qui signent les gros contrats. « Il n’y a pas d'autres moyens pour un ministre de s’enrichir avec les maigres ressources du Trésor public, il peut toujours voler des centimes… », a lancé l’ancien ministre de Martelly en souriant.

À la fin de leur administration, le Trésor public est reconnaissant envers les ministres pour le travail fourni. Ils ont tous droit à une prime de départ de 2.5 millions de gourdes et une franchise pour l’achat à l’étranger d’un véhicule de leur choix.


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